Gravures, peintures & vitraux de Chagall au Centre Pompidou-Metz.

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Exposition “Chagall, Le passeur de lumière” au Centre Pompidou- Metz. 2021

J’ai eu la bonne surprise de pouvoir admirer une dizaine de gravures situées au début de l’exposition “Chagall, le passeur de lumière” au Centre Pompidou-Metz. “La Bible de Chagall” commandée par le marchand Ambroise Vollard constituera un point de départ fondateur pour la suite de son travail artistique, notamment pour la réalisation de futurs vitraux dans la cathédrale Saint-Étienne de la Ville de Metz, située dans le nord-est de la France.

“En 1930, alors que Chagall termine ses dernières gravures des Fables de la Fontaine, Ambroise Vollard, célèbre marchand d’art et Éditeur de livres d’avant-garde, lui commande une centaine d’eaux-fortes pour illustrer la Bible. C’est la première grande confrontation du peintre avec ce texte. Familier des patriarches, des rois et des prophètes qui peuplaient les histoires et les rituels des fêtes juives de son enfance, Chagall voit dans la Bible “la plus grande source de poésie de tous les temps”, propice au rêve et aux visions surnaturelles davantage qu’à l’expression de dogmes.”

Centre Pompidou-Metz

Marc Chagall délivre un message d’universalité et de paix dans ses vitraux et aussi dans son travail d’artiste plus généralement. Entre 1959 et 1968, il réalisera les vitraux de la cathédrale Saint Étienne de Metz, une commande publique française passée par André Malraux.

Destinée à faire la part belle au vitrail, cette exposition entre en résonances de manière remarquable avec les arts du collage, de la peinture et de la gravure. De plus, j’ai découvert l’existence de réels ponts entre l’univers de la gravure en taille-douce et celui du vitrail. Par exemple, les maîtres-verriers Simon-Marq qui ont accompagnés l’artiste Marc Chagall dans la réalisation de vitraux, se présentaient sous le titre de peintres, graveurs et maîtres verriers à la fois. Ils étaient eux-mêmes artistes et réalisaient des estampes à l’eau-forte et à la pointe sèche. C’est sans doute aussi cette sensibilité artistique qui a permit de mettre en confiance des grands artistes peintres comme Chagall pour la réalisation de ses vitraux.

Il est relativement courant de graver le vitrail à l’acide, ici c’est l’acide fluorhydrique qui attaque la silice. Comme en taille-douce, des caches plastifiés, de la cire ou du bitume sont utilisés pour protéger la surface de la corrosion. L’acide change la texture du verre, il permet d’obtenir des dépolis et des matières. Il permet des dégradés de couleur ou de supprimer une couche sur un verre plaqué. L’acide est appliqué au pinceau ou le verre est plongé dans un bain. L’atelier Simon-Marc utilise des verres plaqués avec Chagall, ces vitraux sont composés d’une fine couche de verre coloré superposée à une couche translucide. En attaquant la couche superficielle, l’acide éclaircit la teinte. Le procédé du vitrail, c’est beaucoup de chimie ! Notamment avec les pigments, les oxydes de fer ou de cuivre, les ions + et les réactions à la cuisson etc. C’est donc aussi en rapport avec le monde de l’estampe… et de la cuisine ! 😉

Photo d’un vitrail 20 x 30 cm environ de Marc Chagall exposés au Centre Pompidou- Metz. Travail à la grisaille et à l’acide.

Contrairement aux artistes de l’époque qui préféraient laisser le verre nu, Chagall peint par dessus le verre déjà coloré dans la masse. Il peint “à la grisaille”, c’est à dire avec une sombre mixture permettant d’ajouter de la couleur vitrifiable. Il ajoute de nombreux détails, il ajoute du dessin (au pinceau et au doigt), de la matière, il multiplie les nuances, il gratte… Il opère parfois comme une sorte de glacis.

Selon l’atelier Marq-Simon, l’enjeu pour le maître-verrier est « d’inventer à chaque instant, de ne
jamais se retrouver traduisant ». Ce n’est pas sans rappeler la démarche des grands ateliers de gravure et de lithographie professionnels qui travaillent eux-aussi de concert avec les artistes et adaptent les techniques en fonction des artistes en allant parfois à des pratiques nouvelles et non-orthodoxes.

En visitant la cathédrale Saint Étienne de Metz, on remarque différents artistes ayant réalisés des vitraux comme ceux de Jacques Villon. Mais au croisement d’une allée sombre, c’est un grand vitrail audacieusement jaune de Chagall qui m’a le plus touchée et surprise. Cette baie vitrée apporte une belle lumière mais aussi une sensation de chaleur et de réconfort.

Vitrail de la Création ( 1963) de Marc Chagall à la cathédrale de Metz. Bras nord du Transept. Baie n° 17.

” Jaune d’argent


Au début du XIVe siècle, l’utilisation du jaune d’argent, un mélange d’ocre et de sel
d’argent, appliqué sur la face interne ou externe du verre, est une évolution technique
décisive. L’intérêt de ce procédé est de pouvoir étendre le jaune d’argent directement
sur le verre et de modifier tout ou partie de la pièce sans ajouter un plomb qui alourdit
le dessin. Après la cuisson, le verre se teinte de couleur jaune plus ou moins intense
selon la concentration des sels et la température de cuisson. Il peut aussi être utilisé
pour modifier la couleur d’un verre déjà teinté, obtenir du vert à partir d’une pièce
bleue, par exemple.
Dans le cas de la collaboration Chagall-Atelier Simon-Marq, c’est Charles Marq qui
appliquait le jaune d’argent, généralement au dos de la pièce de verre, à partir des
maquettes réalisées par Chagall.”

https://www.centrepompidou-metz.fr/
Maquette du vitrail de la création de Marc Chagall exposée au Centre Pompidou Metz.

“Chagall procédait souvent par étapes avant d’aboutir à la maquette finale : dans certaines esquisses, il étudiait le dessin, dans d’autres la composition colorée, en collant parfois des tissus et des papiers découpés, qui fournissaient au maître-verrier autant d’indications sur les effets colorés à obtenir.”

https://www.centrepompidou-metz.fr/


L’exposition rend compte de la qualité et de la richesse du travail préparatoire de Chagall pour ses vitraux avec ses collages de pièces de tissus. De nombreuses peintures sont aussi exposées et entrent en résonances avec ses vitraux. Le travail d’un artiste est un tout et des correspondances s’installent entre les différentes techniques artistiques qui sont pratiquées au cours d’un vie comme l’estampe, le collage, le vitrail… Et la tapisserie ! Une tapisserie monumentale de Chagall orne aussi une partie de l’exposition, ils ont dû augmenter la hauteur de plafond de tout l’étage pour pouvoir la présenter debout au spectateur.

Informations Centre Pompidou-Metz https://www.centrepompidou-metz.fr/chagall-le-passeur-de-lumi-re

Un prochain article sera en partie aussi en lien avec cette exposition foisonnante et je vous parlerai de la peinture sur verre...

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