Atelier Kitchen Print fait la découverte d’une image du graveur lorrain Paul-Émile Colin à Xaronval Village 1900
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DES CLICHÉS TYPOGRAPHIQUES

J’ai le plaisir de vous présenter le début de mes investigations dans l’imprimerie du Poirier à Xaronval. Il va sans dire que c’est une formidable chance que de me voir autorisée à ausculter et manipuler tous les éléments d’imprimerie du fonds de Xaronval Village 1900. Par où commencer ? Il y avait posé sur une table tout un tas de clichés typographiques. J’en ai choisi quatre qui me semblaient a priori intéressants, et je n’ai pas été déçue, au contraire !
Actuellement, le mot « cliché » signifie une image toute faite, sans surprise ou caricaturale. Cela vient du fait que certaines images, certains « clichés » étaient ré-utilisés quotidiennement pour illustrer tel événement, telle activité… L’image est ainsi parfois devenue un cliché dans tous les sens du terme.
Petite précision, par « cliché typographique », on désigne autant la matrice que l’image imprimée. Un cliché typo’ peut donc désigner à la fois une matrice et/ou une image imprimée. On a commencé à réaliser des clichés dans les livres et les journaux pour les illustrer facilement. Les images originelles pouvaient être des burins, des eaux-fortes sur cuivre, des gravures sur bois ou encore des lithographies. Pour gagner du temps à l’impression et conserver les matrices originelles intactes, les images ont été transformées en clichés typographiques imprimables rapidement et à l’envi. Les livres et les journaux ont été pour certains pendant un temps donné entièrement imprimés avec la technique de l’impression en relief. c’est aussi là qu’intervenaient les fameuses linotypes (ancêtres de l’ordinateur avec son clavier pour la PAO, publication assistée par ordinateur). L’impression en relief c’est de l’impression typographique (on encre avec un rouleau la surface de la planche), l’encrage et l’impression se fait à la hauteur des caractères en plombs typographiques (ou hauteur en papier, en France 23,56 mm). Ainsi on peut imprimer en même temps les images et le texte composé en typographie au plomb, ce qui fait gagner un temps considérable à l’imprimeur. Le cliché typo’ ne propose donc pas l’image originelle mais une forme imprimante avec une partie (souvent) en bois comme base et clouée dessus une plaque de métal photo-gravée en relief.
Plus d’informations sur les clichés sur ce lien. https://fr.wikipedia.org/wiki/Caract%C3%A8re_(typographie)


Je ne pense pas que les clichés trouvés à Xaronval aient vraiment de la valeur car ce ne sont pas les matrices originelles mais justement des clichés destinés à la reproduction d’images, pour illustrer des articles. Cependant, on ne trouve pas des clichés à tous les coins de rue et ils ont une valeur historique.
Les clichés sont en général composés de bouts de bois en contreplaqué avec des plaques en métal photo-gravées clouées dessus. Ces plaques font deux millimètres d’épaisseur environ et elles ont été photo-gravées en relief. On les imprime à l’aide d’un rouleau encreur, l’encre se dépose sur le relief de la planche gravée. N’ayant pas de presse typographique, je les ai imprimées à la cuillère.
Ces clichés trouvés dans l’atelier de Xaronval étaient sans doute destinés à illustrer un article composé à la linotype, une presse incroyable à l’allure retro-futuriste ou encore « steampunk » née en 1885 aux USA. Composée d’un clavier de machine à écrire, la linotype fondait en direct les caractères en plomb qui tombaient un à un dans le composteur (réglette formant ligne de texte). Au fur et à mesure de la tabulation sur les touches du clavier, les plombs fondus pleuvaient comme si c’était du ciel ! Il y a avait toute une ingénierie derrière la machine avec du plomb en fusion pour former les caractères sous les ordres du clavier. Une pensée pour la santé des typographes… C’est dans les années 1960 que pris fin ce genre d’impression absolument spectaculaire et très répandue en France. À ce propos, si vous venez nous voir à Xaronval, vous verrez deux linotypes exposées dans la pièce, ainsi que d’autres presses et des casses remplies de caractères en plomb…
LA DÉCOUVERTE D’UNE IMAGE DU GRAVEUR LORRAIN : PAUL-ÉMILE COLIN (1867-1949)

J’ai nettoyé le cliché avant de l’imprimer. L’image imprimée ne me disant rien, j’ai utilisé un moteur de recherche sur internet et j’ai retrouvé quasiment la même image sur un lien donnant sur le site institutionnel « Gallica » de la Bibliothèque nationale de France. Il s’agissait donc de l’image d’un certain Paul Colin, illustrateur du livre « Les Philippe » de Jules Renard, le célèbre écrivain français ayant écrit « Poil de Carotte ».
Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul-%C3%89mile_Colin
LE LIVRE « LES PHILIPPE » de Jules RENARD
J’ai lu le livre « Les Philippe » de Jules Renard sur Gallica, les histoires racontées y sont souvent savoureuses, parfois désolantes, mais toujours instructives sur la manière dont on pouvait vivre à l’époque. Cela raconte l’histoire d’une famille pauvre et rurale de la fin du 18ème siècle début 19ème et dont le nom de famille est « Philippe », d’où le titre. Je vous invite à lire des extraits dans les pages ci-dessous.




L’image du cliché présente bien une scène de foire dans un village. En lisant le roman, j’ai pu comprendre qu’on y voit Joseph (le fils des parents Philippe donc) en train de louer ses services de berger sur la place du marché. Il avait accroché à son chapeau une boule de poil de mouton afin de faire connaître aux gens qu’il était en recherche d’un emploi de berger.
Envie de lire le livre sur Gallica ? C’est sur ce lien, bonne lecture. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k164332f/f1.item
UNE VERSION COLORISÉE DE L’IMAGE À L’AIDE DU POCHOIR PAR L’ATELIER KITCHEN PRINT
En voyant l’illustration de Paul-Émile Colin sur Gallica, un bois gravé en deux couleurs, j’ai eu l’envie de coloriser le cliché à l’aide du pochoir afin de faire revivre cette image à ma manière. J’ai testé différents tons et même une version en plusieurs couleurs pour voir…



Voici un texte tiré des pages du colophon du livre d’art « Les Philippe » et présentant de manière élogieuse le travail du graveur Paul-Émile Colin. On peut aussi y lire que ce livre de bibliophilie a été imprimé à mille deux-cent exemplaires numérotés.
Le hasard a voulu qu’une exposition des gravures de Paul-Émile Colin se déroule en même temps cet été au Château de Lunéville, la ville de naissance de l’artiste.
PAUL-ÉMILE COLIN EXPOSÉ AU CHÂTEAU DE LUNÉVILLE JUSQU’AU 27 SEPTEMBRE 2026

Le hasard a voulu qu’une exposition des gravures de Paul-Émile Colin soit organisée cet été au Château de Lunéville ! Et j’ai réalisé en voyant le nom de l’exposition que le nom de l’illustrateur était non pas Paul Colin (comme il était écrit pourtant dans le livre d’art « Les Philippe »), mais Paul-Émile Colin. Il était un fameux graveur sur bois, un artiste né en Lorraine (ma région) à Lunéville en 1867. Grand amateur de la ruralité et des petites gens il a beaucoup gravé des scènes et des paysages lorrains. Il a même rencontré Paul Gauguin et a vécu à Paris auprès des grands artistes de son époque.
Par la suite, j’ai eu le plaisir d’échanger un instant avec Astrid Mallick qui est commissaire de l’exposition « Paul-Émile Colin » au Château de Lunéville. Elle m’a indiqué que l’image originale de la foire (tirée du bois gravé) est présentée au public dans le parcours de l’exposition. Mais elle m’informe que cette image visible au Château de Lunéville n’est pas présentée dans le cadre du livre « Les Philippe », mais des illustrations du livre « de « Germinal » d’Émile Zola publié en 1912 par les Cents bibliophiles. Pour cet ouvrage, Colin a réalisé plus d’une centaine de gravures sur bois en camaïeu.
Informations : Exposition « Paul-Émile Colin (1867-1949, De Pont-aven à l’Art Déco » au château de Lunéville (près de Nancy) est visible jusqu’au 27 septembre 2026. https://chateauluneville.meurthe-et-moselle.fr/fr/content/graver-le-bois-moderne
